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19 déc. 2020

Concours de niaiseries (suite)

par DS

[Texte de René Siestrunck]
 
Le dernier chapitre de La Clarée. Notes au fil de l’eau s’intitulait « Concours de niaiseries ». On y mettait en concurrence, pour l’obtention d’un prix de la bêtise et du mensonge, la charretée d’articles de magazines parus depuis une quarantaine d’années évoquant la Clarée paradisiaque, édénique, « bénie des dieux » selon son ange tutélaire, Émilie Carles. « La montagne enchantée ; une petite vallée oubliée du temps et toute pareille au paradis... » Les copistes enfilent les perles sans trembler.
Les journalistes viennent hors saison, sont reçus et guidés dans les meilleures conditions. Rien à voir avec la vraie vie, le vrai tourisme, celui des mois d’été. En ces temps, on conseillerait aux touristes, à l’entrée de la vallée, d’abandonner toute espérance.
 
De nouveaux candidats au prix n’ont pas manqué de se présenter. Le lundi 23 septembre, j’ai ainsi été complice de Hugues Derouard, pour Détours en France. Bien qu’il n’en n’eût que pour Émilie Carles, je lui parlai d’autres choses, allant sans doute jusqu’au blasphème. La vallée de la Clarée comme enfer, avec ses files de SUV, ses cohortes de motos pétaradantes et puantes, une diabolique pollution. L’article a paru (n° 227, octobre-novembre 2020) qui poursuit l’hagiographie de l’institutrice de Val-des-Prés, même si le slogan « des moutons, pas de camions » résonne lugubrement, car si les moutons sont presque tous partis, les camions se sont multipliés.
Jamais un mot ne vient tempérer la fable : le choc pétrolier des années 75 qui a déstabilisé les économies occidentales (même si les grands projets inutiles trouvent souvent leur financement !) ; le projet de voie-rapide Fos-Turin était essentiellement « régional » ; l’unanimité n’existait pas dans la vallée, les Névachais étant globalement pour le projet ainsi que les maires de la vallée.
On met souvent en continuité la lutte d’Émilie Carles et celle du Collectif de défense de la fin des années 80. C’est un contresens. Dans le premier cas, c’est la société civile contre le reste du monde.
Dans le second, c’est un collectif, une commune et l’État contre tous les autres élus, grands et petits, les chambres de commerce et autres lobbys. Pour le classement de la vallée, seule la commune de Val-des-Prés a voté positivement, soutenue en cela par le préfet et le sous-préfet, appliquant la directive ministérielle. Ce sont là des détails qu’il faut rappeler régulièrement quand aujourd’hui le classement est loué même là où il avait été refusé avec véhémence.
 
Détours en France a été suivi de près par Alpes Magazine (n° 185, novembre-décembre 2020), du Groupe Milan. Son premier article, « Les « enfants » de la Clarée » adopte un point de vue original, celui de la nouvelle génération à l’œuvre dans l’économie névachaise, même si, à la longue, cette célébration des héritiers et des couples qu’ils constituent vire à l’apologie de la famille et du capital. Un deuxième article célébrant la montagne automnale, c’est-à-dire abandonnée des touristes, porte le coup fatal : « L’automne est une saison bénie… » Misère du stéréotype. Le troisième article, « Itinérance en Clarée », de Christophe Dumarest, y puise sans lésiner : « La vallée de la Clarée est un sanctuaire. Un jardin d’Eden dont l’harmonie répond à la simplicité ». L’auteur en appelle alors au « mystère », à l’ « univers », au « jardin féérique » et à Émilie Carles…
Toutefois, le soir, « pour s’inscrire dans la lignée des nomades qui nous ont précédés », l’auteur plante sa tente (page 26) et allume « le feu qui réchauffe et éclaire, rassure lorsque pointe le crépuscule » (page 32). Voilà donc le jardin d’Éden pollué et souillé le sanctuaire. En site classé, camping sauvage et feu sont évidemment interdits.
Deux publications bien placées pour obtenir au moins un accessit au Concours de niaiseries de la Clarée. Mais France 3 annonce une « Chronique d’en-haut », pour janvier, consacrée notamment à « la vie et la trace laissée par Émilie Carles ». Les bénédictions vont à nouveau pleuvoir…

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